Samuel fut le dernier juge d’Israël. Prophète du Seigneur, il consacra les premiers rois.
Son œuvre est divisée en deux livres. 1Samuel va jusqu’à la mort de Saül, 1er roi d’Israël, 2Samuel couvre le règne de David. La Bible Hébraïque le classe parmi les livres prophétiques qui témoignent de l’action de Dieu dans l’histoire.
Jusque-là, Israël était dirigé par des chefs inspirés. La religiosité devint superstition et corruption, et le Philistin puissamment armé envahi le pays. On veut une défense centralisée autour d’un roi et d’un prophète. À terme, avec l’aide de Dieu, David écartera le Philistin (2Sa 5,17-25).
À la demande pressante du peuple, c’est Saül qui est oint ; le souffle divin l’accompagne (1Sa 8-12). Après sa victoire sur Goliath, David entre à la cour (1Sa 17,55-58). Le récit devient ambigu, car le lecteur sait ce que Saül ignore : David choisi par Dieu a été oint en secret par Samuel (1Sa 16). Et jusqu’à son intronisation officielle (2Sa 5) on assiste à l’opposition entre deux rois.
David, valeureux chef de guerre, est plébiscité. Pris de jalousie Saül use ses forces à l’éliminer. Redresseur de torts, David devint populaire et tout Israël se rallia à lui. Roi légitime il ramena l’Arche de l’Alliance à Jérusalem qu’il fonda capitale spirituelle et politique.
2Sa 11-12 fait tache dans le règne de David. Bien que choisi et aimé de Dieu, il s’égare dans le crime : un adultère suivi du meurtre du mari. Le lecteur du 21ᵉ siècle est horrifié par ce texte qui expose la violence masculine d’un grand héros biblique. Le prophète Nathan en décrypte la rouerie : le crime de David est le symptôme de l’abandon de la bénédiction divine.
Ces chapitres donnent à penser : qu’allons-nous en faire ? On peut esquiver en se voilant la face… ou pas, et dénoncer un fait de société qui traverse toutes classes sociales de toutes époques : en 2025, 230 000 agressions, et près d’un féminicide par jour, conséquences de la violence masculine !
On peut aussi tirer le fil des interrogations théologiques : la pénitence et la réparation ; le pardon divin accordé à David ; les terribles dommages collatéraux ni évités ni réparés (cf. 2Sa 13-19). La miséricorde divine qui renouvelle sa bénédiction au repenti scandalise : Dieu offrirait un avenir à ce prédateur ? Est-ce humainement envisageable ? Il faut se confronter à ces questions : le pardon ne peut-il être que divin ? Qui juge ? Qui condamne ? Qui répare ? Assurément le combat n’est pas fini.
Pierre-François Farigoule