Le questionnement

A lire et relire les Évangiles, il est à retenir que rien n’est caché de l’être humain, sa nature, ses défauts et qualités.
Jésus s’est adressé à tous, hommes et femmes, riches et pauvres, malades ou en bonne santé. Il les a aimés, respectés, même avec leurs doutes. Doutes mal formulés avec Pierre qui Le reniera trois fois, ou avec les disciples qui douteront. Tout en remarquant que le terme « doute » n’est employé que deux fois en grec, dans le Nouveau Testament, dans Matthieu 14 et 28.
Alors si le doute, par étymologie, est « hésitation », à quoi se raccrocher et que choisir ? Douter est déroutant, déstabilisant, à se demander s’il ne serait pas plus confortable d’obéir ? Et paraphrasant J. de La Fontaine, nous pourrions réciter « ce pelé, ce galeux d’où venait tout le mal », le mal et ses dangers.
Danger d’hésiter éternellement, ou de chercher des preuves ou des « arguments irréfutables qui ne serviront qu’à appuyer le choix décidé. Ce « danger » se retrouve dans les dictatures politiques ou religieuses ou douter est une faute, qui sera sanctionnée parfois jusqu’à la mort, et ou ne pas douter est un devoir.
Cette notion va en vérité à l’encontre de toute recherche quand le doute implique la liberté et la responsabilité. Ma liberté qui engage mon choix dont je suis seul responsable. Ma liberté de croire ou ne pas croire, en se souvenant de la magie de la langue française qui dit « je crois qu’il pleut », signifiant par là « je doute, je suppose qu’il pleut », et « je crois en Dieu » qui implique alors une affirmation.
En revanche quels sont les « bénéfices » du doute ? Car si je doute, c’est qu’une question s’est posée, non résolue, ou que les réponses n’étaient pas (satisfaisantes. C’est qu’il s’est agi d’un besoin de mieux comprendre et d’une volonté d’étudier davantage.
Cette démarche n’en cache pas moins le risque de ne savoir, ou vouloir ou pouvoir, maîtriser ses émotions, rester impartial, se méfier du charisme, notamment d’un orateur qui aura été « écouté » mais non « entendu », ou encore remettre en question.
Là est bien le point sensible, la remise en question : de moi-même, ai-je bien compris ? de l’autre, l’ai-je bien compris ? car ce point est également : si je m’autorise à douter, j’autorise aussi autrui à douter.
Sans oublier la complexité du « doute ». En effet en sciences comme en histoire le doute est « obligé », la démarche à suivre étant toujours l’hypothèse, la vérification de l’hypothèse et, si nécessaire, le besoin de tout recommencer.
Mais dans le domaine de la foi, le doute est habituellement l’ennemi de la foi. Pourtant le doute est si légitime que même les disciples ont douté et que la réponse de Jésus a été de les envoyer « quand même » évangéliser, de leur faire confiance.
Alors si le doute était déjà une réponse ? Pascal dans les Pensées n’a-t-il pas écrit : « Console-toi, tu ne me chercherais pas si tu ne m’avais déjà trouvé ».
Et bien avant lui, Saint Augustin, dans les Confessions, Livre X, aux chapitres 18 à 20, en grand résumé n’a-t-il pas déclaré : « il faut croire pour raisonner càd oser douter, le temps n’existe pas »; le présent fait appel à hier pour demain ; « je doute donc j’existe » càd je prends conscience, je raisonne, je m’inscris dans le temps.