Portait chinois
Si c’était un animal : ce serait un caméléon qui s’harmonise à la couleur ambiante, capable de se faire tout à tous.
Si c’était une passion : écrire des lettres à ses amis.
Si c’était une fleur : le pissenlit illustrant les ouvrages Larousse qui sème à tout vent.
Si c’était un métier : fabricant de tente.
Si c’était un moyen de locomotion : ce serait des pieds pour marcher toujours plus loin.
Si c’était une épice : ce serait un mélange de sel fortement iodé et de piment.
Réponse : Il s’agit de Saül de Tarse, connu sous le nom de l’apôtre Paul !
Avant sa conversion : Formation intense sur la loi et les textes de la Torah avec le célèbre Gamaliel, engagement religieux proche du fanatisme, intolérance vis-à-vis des premiers chrétiens. Saül participe au meurtre d’Étienne et l’approuve. Il se met à la tête d’une troupe pour arrêter les chrétiens de Damas.
Après sa conversion : Convaincu de son aveuglement spirituel par une vision du Christ et un soudain aveuglement physique, il expérimente la grâce, le pardon, avant de l’enseigner. Il change son nom en Paul et se dit le plus petit des Apôtres et indigne d’en être, son nouveau nom signifie, Paulus, le petit.
Bâtisseur, sportif, passionné, un battant (Eph. 6/10-20). Le fanatique devient l’homme de la théologie de l’amour en action : il place même l’amour du prochain au dessus de l’espérance et de la foi en Dieu (1 cor. 13). À la différence des autres apôtres, il est célibataire.
Le naufrage de Paul : Actes 27
Voici un récit épique, une page d’anthologie, 31 versets de termes techniques, de précisions géographiques, décrits avec une très belle plume littéraire. Il y a des rebondissements, du suspens. On y découvre l’origine de l’expression « arriver à Bon Port ».
Ce texte fait penser à d’autres tempêtes dans la Bible : celle du Psaume 107, celle du prophète Jonas, celle apaisée par Jésus. Nous retrouvons des points communs : la violence des flots déchaînés, l’équipage terrorisé et la cargaison jetée par-dessus bord chez Jonas. Mais chaque récit est bien différent par l’intensité, la durée et l’aboutissement !
Cette lecture me fait aussi penser à ces Ex-voto dans les ports bretons, aux nombreux marins chaque année qui disparaissent en mer… Aux galériens protestants, enchaînés comme Paul, mais eux au banc des rameurs. Il leur aurait suffit d’abjurer leur foi pour être libérés. L’un d’eux a écrit « Fais Seigneur que je regarde l’anneau de fer que je porte, comme un anneau nuptial. Et les chaînes que je traîne, comme des chaînes de ton amour. ».
« Nous avions perdu tout espoir d’être sauvés »
À première vue, nous pourrions nous arrêter sur la lutte d’hommes face aux éléments déchaînés. Luc, le médecin de Paul, qui écrit ce récit, et son compagnon Aristarque ont perdu tout espoir, ils sont au même point que l’équipage… Seul Paul garde une étonnante confiance. Dans cette perspective, nous pourrions dire que l’on reconnaît la trempe des caractères à l’occasion des grandes épreuves. On pourrait parler de la foi du chrétien, qui l’aide à traverser les bourrasques, les orages, les tempêtes, les cyclones de la vie et même ses naufrages… Mais cet aspect n’est pas placé au centre du récit. En fait, il s’agit moins de résister face à l’adversité que de s’engager de manière volontaire dans la mission et dans le témoignage. Au centre, il y a l’appel reçu par Paul : amener au Christ l’Empire romain… Rien que cela !
C’est en effet volontairement que Paul s’est fait arrêter pour aller témoigner de Jésus-Christ devant l’Empereur lui-même. Il s’est rendu quelque temps auparavant à Jérusalem, connaissant parfaitement le complot qui était monté contre lui. Il savait que les autorités juives, qu’il connaissait bien, lui reprochaient d’avoir créé partout autour de la Méditerranée des communautés chrétiennes comprenant de nombreuses personnes d’origine juive. L’atmosphère a été aussi tendue que lorsque Jésus était monté à Jérusalem, Paul est allé au-devant de ce piège. Il est donc allé à Jérusalem et a rappelé ses droits de citoyen romain qui lui permettaient de faire appel à l’empereur. Il espérait ainsi pouvoir annoncer l’Évangile devant les plus hautes autorités romaines. Paul va d’ailleurs profiter de ces premières confrontations pour témoigner de sa foi devant le gouverneur Félix, sa femme Drusille, auprès de Festus et du roi Agrippa…
une mission bien précise. Il ne craint personne. Et les rôles sont rapidement inversés entre les dominants et le dominé, c’est lui qui devient le capitaine du navire. C’est lui qui fait jeter les vivres, interdire la fuite des matelots et décide de partager les dernières rations de pain.
Je retrouve dans son attitude, la puissance qui habitait le Mahatma Gandhi qui, dans son costume de détenu, forçait le respect de ses geôliers par sa personnalité et sa détermination. À tel point que la cour de justice réunie pour le juger s’est même levée en signe de respect à son entrée en salle. Lui qui, par la force de son jeûne, avait su arrêter les combats entre l’Inde et le Pakistan. Rappelant l’absurdité de la vengeance et de la haine, déclarant qu’en continuant d’appliquer la loi du talion « œil pour œil » le monde finira par devenir aveugle…
Je pense aussi aux pasteurs Martin Luther King et Richard Wurmbrand qui à l’image de Paul et de Gandhi se sont volontairement fait mettre en prison pour dénoncer les injustices et témoigner de leur foi. Martin Luther avec sa tenu de prisonnier devint le dénonciateur de l’apartheid et l’interlocuteur des présidents américains. Richard Wurmbrand défia le régime totalitaire de Ceausescu en Roumanie et fut incarcéré pendant 13 ans avant de devenir le fondateur de l’association mondiale des chrétiens persécutés, la Voix des Martyrs.
Qu’il est bon d’avoir de telles personnalités habitées, capables d’arrêter les tempêtes destructrices, de s’engager avec conviction, sans compromission, avec assurance et obstination pour faire reculer les chaos obscurs remplis de violence et de haine et pour faire triompher la justice et l’amour fraternel …
Ce récit, par delà son côté épique, renferme un message spirituel extrêmement puissant : l’apôtre Paul prend le pain, après avoir rendu grâce, il le partage avec ceux qui sont appelés à devenir les disciples, tous les païens, quelles que soient leurs origines. La Cène s’ouvre sur le monde comme une prophétie, une invitation, un salut offert à tous… Elle nous rappelle que notre mission chrétienne doit toujours rester ouverte et en contact avec chacun. Qu’il nous faut éviter de nous enfermer dans un repli identitaire frileux.
Cette histoire nous est donnée comme un témoignage de l’action de Dieu
au cœur du chaos. Elle a permis à Lew Wallace (1827-1905) de découvrir
la foi. Athée convaincu, il avait décidé d’écrire un ouvrage pour démontrer
l’absurdité de la foi chrétienne. Ce récit de l’attitude de Paul lui a fait
rencontrer le Christ. Paul, là encore, a retourné la situation. Lew Wallace
a alors écrit un livre que vous connaissez à travers le film “Ben Hur”…
L’histoire du galérien Ben Hur, qui parvient à inspirer le respect à son
geôlier, le capitaine romain, et à le sauver pendant le naufrage au cœur
de la tempête, s’inspire de ce récit !
L’exemple de Paul est une invitation pour les chrétiens à oser vivre leur foi dans une relation de confiance à Dieu, à se lancer dans l’aventure avec une sainte audace et à faire preuve de détermination, de force de caractère et de compassion. Paul veille en effet à ce qu’aucun des membres de l’équipage, qui semble confié à sa responsabilité spirituelle, ne soit perdu… Nous aussi ne pouvons-nous pas être en bénédiction pour ceux que nous côtoyons, nos compagnons de route, de vie, nos voisins proches ou lointains , connus ou inconnus ?
Ils avaient « finalement perdu tout espoir d’être sauvés », mais toi, comme Paul, tu leur dis : « Courage mes amis, je fais confiance à Dieu, il en sera comme il m’a dit ». Restons unis dans la communion avec le Christ et laissons-nous remplir par lui, à l’exemple de l’apôtre Paul, d’audace, de sagesse, de confiance et de compassion.
Alain Deheuvels